BEZIERS

Publié le par cuab34bfs

- Communiqué de presse – ABCR (Association Biterroise contre le Racisme)

Notre permanent Nicolas Moiroux, également administrateur départemental de la FCPE, a été mis en garde à vue hier vendredi 23 mars de 16h à 21h au commissariat de Béziers. Essentiellement détaché par l'ABCR pour organiser et suivre la scolarisation des enfants des familles Roms (Route de Maraussan mais également Cantagal) il se trouvait au Tribunal de Béziers ( où se déroulait le procès de certains membres de la communauté) auprès des familles avec lesquelles il entretient des relations suivies. A l'énoncé du verdict, les épouses et parents des condamnés, pour lesquels l'accès à la salle d'audience avait été refusé en ce dernier jour de procès, manifestaient leur désarroi face aux CRS présents devant le tribunal. Nicolas Moiroux, qui tentait d' apaiser les familles, s'est interposé pacifiquement entre les deux parties (sans nulle intention héroïco-belliqueuse) notamment pour protéger une mère de famille gravement malade (alors qu'une autre venait de s'évanouir). lorsque les grilles ont été ouvertes pour le passage des fourgons cellulaires et que les CRS ont chargé avec une force disproportionnée pour dégager le passage. Immédiatement agressé par «des» CRS il était jeté au sol, frappé, menotté et violemment propulsé à l'intérieur du Tribunal, à nouveau malmené et enfin projeté contre un présentoir dont le verre éclatait sous le choc. Pris en charge par les policiers de Béziers ce fut là la fin des mauvais traitements . conduit au Commissariat de Béziers il y était mis en garde à vue par décision du Procureur. Au cours de celle-ci le médecin appelé pour l'examiner, conformément à la loi, a constaté les violences subies, confirmées le lendemain matin par un autre médecin. Béziers le 24 mars 2007

Vue de l'intérieur  - Témoignage de N. Moiroux

Ce vendredi 23 mars, je me trouve à la grille du Palais de justice de Béziers, face à des CRS, pour beaucoup affichant des mines de défi et de mépris. Certains sont carrément hilares. Je suis là avec les mères, les femmes et les enfants qui se sont vu refuser l'accès à la salle d'audience pour l'énoncé des verdicts. Leurs pères, leurs maris, leurs fils ont reçu des peines d'emprisonnement qui les ont frappés comme des coups de masse, qui plongent leur avenir dans la nuit. Avec d'autres, j'essaie, mais comment serait-ce possible ?, de consoler, de calmer, de soutenir. Il y a là des personnes que je sais fragiles, cardiaques, des corps que je vois à la limite de l'implosion. J'aide à évacuer une femme syncopée ; nous ne parvenons pas à la faire revenir ; nous appelons une ambulance.

Je reviens aux grilles. Les femmes hurlent leur douleur, leur rage, une infinie détresse, alors que les condamnés, livides et maigres comme des chimères, sont ramenés aux fourgons. Je sens que ça va mal se passer.

Les portes s'ouvrent, les CRS se ruent. Je m'interpose, les bras en avant, et je demande « doucement, doucement ».

Je suis immédiatement empoigné par eux, les coups tombent, je refuse d'être plaqué au sol. Je leur dis d'arrêter, de se calmer. Ils se mettent en nombre et me jettent au sol. Je sens qu'on m'écrase les deux chevilles, qu'on m'étrangle, qu'on m'enfonce un genou dans le dos, qu'on me tire les épaules en arrière. L'instant d'après je suis déjà menotté dans le dos et les menottes sont violemment maintenues retournées, ce qui fait horriblement mal.

Je suis entraîné dans la cour du Palais de justice. Je vois que deux femmes ont elles aussi été ramenées. Je vois le visage de celle qui est à côté de moi se tordre silencieusement de douleur alors que le CRS dans son dos tord les menottes. Je ressens la même souffrance et je demande que ça cesse. La réponse obtenue me prouve que j'ai moi aussi un CRS dans le dos et non un agrégé de lettres classiques. J'entends une voix hurler au visage de l'autre femme : « tu ne savais pas que je parle Italien, hein ?, tu m'as menacé de mort, tu vas comprendre, je te le dis ! ». Je me tourne le plus possible pour voir ce qui se passe. Cela ne plaît pas au pandore qui me maintient, mais j'insiste, je veux être témoin et le lui dis. Il me plaque alors brutalement contre le panneau d'affichage dont la vitre éclate sous l'impact. Je suis alors replaqué et maintenu au sol un peu plus loin.

A l'extérieur, le calme semble être revenu. Un policier, d'un ton aimable vient me dire qu'il faut que je me calme. Je lui explique que contrairement à ses collègues je suis parfaitement calme et je lui demande à être assis. Je suis assis. Il repart plus loin. Les CRS autour sont visiblement très satisfaits. Les bons mots sur les gitans fusent, la « France d'après » s'éclate. L'un d'eux m'invective : « pourquoi tu les prends pas chez toi tous ces loqueteux puisque tu les aimes tant ? ». Je lui interdis de me tutoyer et souligne qu'il est plus crédible dans le silence. Je suis alors traité de « trou du cul » et  d' « enculé », enfin plutôt de « Monsieur trou du cul » comme le rectifie l'un d'eux. Tout le monde décompresse après sa journée de travail.

Je suis finalement pris en charge par la police de Béziers. On m'installe dans un fourgon, puis on me fait monter au Palais de justice pour me mettre au « cachot ». En fin de compte nous redescendons pour prendre place dans un Scénique, direction le commissariat. On m'explique gentiment que je vais être entendu là-bas puis que je pourrai partir. Mais au commissariat, si mes menottes sont enfin retirées, des ordres arrivent aussi pour que je sois placé en garde à vue. Un OPJ enregistre mon pédigré. Puis c'est la cellule. Plus de ceinture, plus de lacets. Déshabillage intégral, puis trois tours sur moi-même en levant les bras. L'attente dans la cellule paraît forcément longue. C'est particulièrement sale, il fait froid, j'ai mal à la jambe et dans le dos

Un OPJ vient me chercher. Je remarque que la nuit est tombée. L'OPJ enregistre ma déposition . C'est une bataille morceau de phrase par morceau de phrase pour qu'il transpose correctement ce que je lui explique : j'expose que mon travail explique ma présence sur le lieu et ma connaissance de ces familles. Il écrit : « Je travaille pour l'ABCR et par ailleurs je connais ces familles ». Je dois insister pour lui faire taper que j'ai résisté à mon plaquage au sol et non que j'ai résisté à mon interpellation. Il tient beaucoup à me faire préciser mon état d'esprit au moment de la cohue et à synthétiser le tout par la formule « j'étais excité », ce que je refuse évidemment. Je comprends ensuite cette insistance lorsqu'il m'expose la version des CRS et me pose des questions vis à vis de cette version J'y suis accusé de « rébellion ». Selon eux, j'étais surexcité et j'ai tenté de rentrer de force dans le Palais de justice ! Et c'est face à ma détermination à vouloir pénétrer dans la cour du Palais qu'ils auraient été obligés de m'intercepter de manière rigoureuse ! J'hallucine. Durant cet interrogatoire, un médecin m'examine et rédige son rapport.

Puis c'est la fin de la garde à vue. Hélène, François, et Maxime sont là et c'est une joie immense de les enserrer.

Ça fait du bien de revenir de l'autre côté.

Je remercie toutes les personnes qui m'ont apporté leur soutien, qui ont été choquées par ces violences et cette garde à vue. Je me rappellerai longtemps la détresse de ces femmes et de ces enfants. Ils n'ont pas l'impression qu'une justice impartiale et fiable ait été rendue et je ne peux que partager cette impression.

Porter plainte ? Bien sûr, sans doute. Mais c'est surtout rester mobilisés dans l'accompagnement de ces familles, ce qui est une évidente nécessité, persévérer pour qu'un jugement en appel qui ne porte pas l'ombre de l'arbitraire soit possible, nous mobiliser encore pour que la survie de ces femmes seules, mères et grands-mères avec 3, 4, 5 enfants soit la plus digne possible, remobiliser les assistantes sociales, les politiques, car en face, le Maire de Béziers affirme sa volonté de les expulser de « sa » ville, enfin accompagner ces enfants dans leur scolarité, pour laquelle nous avons dû tant nous démener, les soutenir, les épauler, les aider eux aussi à revenir de l'autre côté.

Nicolas MOIROUX, le 26 mars 2007

 

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